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J’ai demandé à mon fils de me vouvoyer

pictogramme terre de dialogue

Une mère belge d’origine indienne explore sa double-nationalité

L'expérience

« En Inde on vouvoie toujours ses parents. Moi aussi, qui ai vécu en Belgique avec mes parents indiens, même en français je vouvoyais mon père (lui aussi me vouvoyait toujours en français, ça c’était un truc à lui).

Mon fils aîné a 9 ans et il a toujours vécu en Inde mais il étudie à l’école française. Il m’a toujours tutoyée mais depuis cette année, je lui ai demandé de me vouvoyer parce que je trouvais qu’il ne me témoignait pas assez de respect. Depuis, j’ai l’impression que ça a changé quelque chose dans sa tête. Je pense que quand il s’adresse à moi en employant le «vous» il se remet dans une mentalité indienne qui est plus respectueuse des aînés.

fils dessinant avec sa mère qui regarde
Photo by Anna Pou from Pexels

Je pense que quand on change de langue, on bascule dans le système de pensée de cette langue. Si je veux expliquer un concept indien à mon fils, je lui explique en hindi ; pour un concept français, je lui parle en français.

A l’école française, j’entends souvent : “Moi, je…” et je vois que ça a un impact sur l’esprit de mon fils. Il parle plus en employant “moi” et moins en employant “nous”. C’est un peu le revers de la médaille de l’école française : il a été très influencé par l’aspect culturel individualiste, ce qui est bien mais ce qui a aussi des aspects négatifs. Dans la culture collective, généralement on inclut tout le monde dans le même groupe.

Par exemple, si on invite un ami à la maison, c’est l’ami de tout le monde. Parfois, lorsqu’on invite un ami français de mon fils, il ne veut pas jouer avec son petit frère. Pour nous c’est très étrange. Je pense qu’être “ami” dans une culture collective c’est un concept beaucoup plus passe-partout que dans une culture individualiste. J’ai déjà entendu cet ami français de mon fils dire : “Dans ma classe, ce ne sont pas mes amis, ce sont mes camarades de classe” ou une maman française qui m’explique : “On ne peut pas être l’ami de tout le monde, mais on peut respecter tout le monde”. Je suis d’accord qu’il y a différents niveaux d’amitié bien sûr ! Il y a des gens avec qui on est plus proche, mais pour moi, à l’école primaire, on doit apprendre à s’entendre avec tout le monde, tous genres de personnes, et je dis facilement qu’on doit être “l’ami de tout le monde”.

Je sens bien que mon fils oscille entre ces deux visions de l’amitié. Je sais qu’il doit découvrir lui-même qui il est. L’avantage, quand on est dans un milieu interculturel, c’est de pouvoir prendre le meilleur de chaque culture. Moi j’essaie de lui transmettre la culture de notre famille, qui est aussi indienne, et j’espère qu’il ne perdra pas cette orientation culturelle collectiviste. » 

Qui raconte ?

Pooja, belgo-indienne, est mariée à un Indien de Delhi où elle habite avec sa famille depuis 10 ans après avoir vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 27 ans.

Spontanée, authentique et bavarde, Pooja est consultante en Vastu (Feng Shui indien) et gère une usine d’artisanat dans les environs de Delhi.

Lieu : Dehli, Inde
Date : 2020

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pictogramme d'ampoule

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